Arche de Zoé...

Publié le par Alternatifs06 pays de Grasse

ARCHE DE ZOE, SYMPTOME DE NOTRE CECITE. 
 
Hier, 27 Janvier, le tribunal compétent, sous les huées des familles des responsables de l'Arche de Zoë et de leurs soutiens, a confirmé la durée des peines infligées par la justice tchadienne en transformant les " travaux forcés " en incarcération. Les journalistes présents ont été invectivés (1). Il y a quelques semaines, la compagne du médecin de Castellane, a exprimé, dans notre quotidien régional, une opinion peu nuancée - c'est un euphémisme - sur le code de procédure pénale de la justice tchadienne. Auparavant encore, peu après la médiatisation de l"affaire" et dans les semaines qui ont suivi, plusieurs manifestations de soutien ont mis en avant des slogans ou pancartes brocardant l'arriération de la justice et du peuple tchadien. Etrangement, parmi les familles et les soutiens, nulle critique envers Idriss Déby, chef de l'Etat tchadien promu par la France, appointé en millions d'euros, assassin multirécidiviste. On peut comprendre qu'il n'était pas opportun de rajouter de l'huile sur le feu. Pourtant, depuis que les humanitaires sont à l'abri, personne parmi leurs proches, n'a mis en cause l'instrumentalisation nauséabonde à laquelle Déby s'est livré. Pour mémoire, il avait évoqué un trafic de pédophiles. 
 
Comment rendre compte de ces comportements haineux vis à vis de la population du Tchad, de la justice et des médias des deux pays ? Comment expliquer la mansuétude dont bénéficie Déby de la part des proches et des soutiens ? 
 
En fait, tout se passe comme si la légitimité de l'opération ne pouvait être mise en cause et, donc, comme si ses auteurs, nécessairement au dessus de tout soupçon parce qu'humanitaires, étaient incompris des autorités tchadiennes et scandaleusement diffamés. 
 
Peu importe si le principal responsable de l'Arche de Zoë - alias Children Rescue - affirme explicitement que le sauvetage d'enfants du Darfour justifiait quelques entorses à la vérité, y compris la mise en scène d'une promesse d'adoption. Peu importe si son équipe et lui ont confondu Tchad et Darfour, orphelins ou non. Peu importe enfin si l'ignorance des conditions concrètes du pays les a conduit à calquer l'organisation des liens familiaux là-bas sur celle de nos liens familiaux ici. Exit les frères, les grands-parents et les oncles paternels ou maternels.(2) 
 
Il n'est pas admissible qu'une association charitable dont les membres ne peuvent être suspectés, soit victime du ressentiment anti-français. Il est inconcevable que les autorités et les médias ne soient pas entrés en croisade. 
 
Fondamentalement, ces enfants de pauvres PREFERENT nécessairement vivre chez nous, comme ces putains d'immigrés. Nous incarnons la civilisation de l'abondance qui ne peut être qu'enviée. 
 
A aucun moment, les proches n'ont envisagé que les jeunes enfants puissent être victimes de l'incompétence et de l'ethnocentrisme de leurs supposés sauveurs. En réalité, ce sont des victimes NATURELLES qui sont ontologiquement dans l'incapacité de se construire comme êtres sociaux inscrits dans une histoire. Racisme ordinaire. 
 
On comprend mieux qu'Idriss Déby soit absent. Plus exactement, il est présent au même titre que les autres tchadiens, c'est à dire "incivilisé". Il n'existe pas en tant que chef d'état, non parce que c'est un fantôche, mais parce que ces peuples - dans un autre cadre, "ces gens-là" qui ont immigré - ne peuvent NATURELLEMENT accéder à la démocratie car ils seront toujours incapables d'en maîtriser les conditions d'application. 
 
L'arche de Zoë est une sorte de type-idéal incarnant notre LEGITIMITE ABSOLUE à prendre en charge d'autres peuples nécessairement barbares. Nous avons vocation à faire le bonheur du monde. 
 
Il devient sans doute plus compréhensible que Sarkozy, sans provoquer la moindre réaction, puisse dire qu'il ira chercher nos Robin des bois " coupables ou innocents ". Autrement dit, l'appartenance à la nation française prime sur toute autre considération. Déjà au mois d'août, sans réaction pratique significative d'aucune des composantes de son opposition, y compris la plus radicale, il a pu affirmer, à Dakar, que les africains sont des êtres et des peuples mineurs qui " ne sont pas encore entrés dans l'histoire ". Dans plusieurs pays d'Afrique, les réactions de certaines organisations politiques et sociales et de nombreux intellectuels, ont été vives. Elle sont essentielles pour nous permettre de reconnaître enfin cette réalité, si difficile à admettre qu'elle en est profondément niée : l'horreur et les crimes de la colonisation et du colonialisme ; la destruction des sociétés colonisées et les difficultés énormes de la reconstruction et de la réappropriation de soi. 
 
Au terme de repentance, forgé par celles et ceux qui ont intérêt à faire échouer tout réexamen sérieux de notre histoire, il faut opposer celui de RECONNAISSANCE - naître avec à nouveau - qui ouvre des horizons communs aux nations concernées et permet à nos indigènes d'entrer dans l'histoire nationale qu'on leur a si longtemps refusé. C'est ainsi que nous rentrerons dans l'histoire : en nous l'appropriant enfin, nous pourrons peut-être la dépasser. 
 
Guy GIANI 
 
 
 
 
 
(1) Selon le bulletin d'infos de la mi-journée de France Inter 
(2) Certaines ONG, minoritaires, prennent en compte ces données essentielles.
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